Journées femmes et écritures, Vahine papai parau sur Tahiti.tvLe 08 mars dernier l’assemblée de la Polynésie française a organisé une action à l’occasion de la journée internationale de la femme sur le thème des « femmes dans l’action politique ». Cette opération s’est s’inscrite comme le premier volet de rencontres programmées tout au long de l’année sur le thème de la promotion de la femme polynésienne.
Ces deux derniers siècles, l’égalité des droits économiques, sociaux et politiques a permis de franchir de grandes étapes à l’international mais également en France. Les femmes sont devenues plus autonomes, libres de s’exprimer. Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses à utiliser l’art d’écrire sous les formes les plus diverses : écritures de romans, essais, poésie, chansons, contes, journalisme, écritures de scénarios,…
Dans la continuité de cette démarche, des élu(e)s de l’assemblée ainsi que de nombreuses personnalités issues du monde littéraire, culturel et associatif se mobilisent et préparent la seconde manifestation qui se tiendra les 14 et 15 septembre prochains. Soutenu par la présidence de l’assemblée, le ministère de la solidarité et de la famille, le CESC, cette initiative s’organisera autour de conférences-débats, d’ateliers d’écriture enrichis par des témoignages et de nombreuses animations sur le thème « femmes et écritures : moyens d’expression, Vahine papai parau ». Une opération ouverte à un très large public qui pourra profiter et assister à tous les ateliers, conférences, etc… Qui écrit ? Qu’est-ce qui amènent les femmes à écrire ? Pourquoi s’expriment-elles ? Qu’est-ce que l’écriture apporte ? Quid de l’accès à l’écriture et à la lecture pour tous ? Quelle prévention de l’illettrisme en Polynésie française ? Comment redonner confiance et retrouver le plaisir d’écrire ou de lire ? Pourquoi le thème de l’écriture ?
Si notre assemblée est le lieu privilégié du débat sur les projets de réglementation, les politiques publiques et l’état de notre société, elle est aussi un espace d’expression.
Lire et écrire sont des clés fondamentales pour la bonne insertion des citoyens dans la vie sociale et professionnelle. Ces fondamentaux permettent l’expression de la personne, de sa pensée et contribuent à la construction de sa personnalité. La Polynésie française est un pays de tradition orale qui vit dans la modernité, l’écriture est son passeport, elle permet la transmission de la pensée, des savoirs, des expériences. C’est un droit et un levier extraordinaire pour se développer et avancer dans la vie. Parallèlement, afin de valoriser les femmes qui s’expriment et d’encourager les autres à écrire, et plus généralement promouvoir les formes d’expression les plus diverses, des actions et des animations très diverses se sont organisées pour un public très large, femmes, scolaires, étudiants. Les objectifs de cette manifestation s’inscrivent ainsi dans la continuité de l’action déjà engagée en mars dernier. • Promouvoir et valoriser les femmes qui se sont lancées, écrivent, s’expriment au travers de différents supports liés à l’écriture, • Montrer la richesse des écritures féminines, • Encourager les femmes polynésiennes dans leurs initiatives, à se lancer, susciter des vocations, • Donner l’envie aux femmes de s’exprimer, de se réaliser, • Mieux appréhender l’écriture sous toutes ses formes. Des journées femmes et écritures déclinées selon trois axes
1. Conférences-débats
Trois temps de 90’ seront organisés entre interventions de personnalités du monde littéraire, culturel, associatif, organismes et échanges avec le public et enrichis de témoignages de femmes sur les différents thèmes qui seront abordés. « Lire et écrire, un droit fondamental » - Mardi 14 sept. de 12h30 à 14h L’accès à l’écriture et à la lecture en Polynésie française. Lien culturel et d’insertion sociale. Sensibilité et qualité de l’écrit. Intervenants : Heimata Tang, Délégation à la famille et à la condition féminine ; Joël Mathel, Ligue de l’enseignement (FOL), Henriette Kamia, institutrice non voyante et membre du CESC, présidente de la fédération handisport ; Gilles Cerdan, professeur de lettres, Annie Sossey Alaoui, centre de recherche et de documentation pédagogique. « L’écriture féminine, un élément de diversité culturelle » - Mardi 14 sept. de 16h à 17h30 Pourquoi écrire ? Quels sont les freins du passage à l’écriture ? Comment transmettre savoirs et expériences ? Ecrire en Reo Maohi Intervenants : journaliste TV ; Flora Devatine, auteur ; Louise Peltzer, auteur, présidente de l’Université de la Polynésie française ; Alexandra David, jeune écrivain en devenir. « Nouvelles technologies, nouvelles écritures » - Mercredi 15 sept. de 8h30 à 10h Emergence des nouvelles technologies, difficultés économiques du livre, opportunités d’expression et de diffusion de l’information. Intervenants : Sylvie André, universitaire, Jean-Marie Savio, délégation à la famille et à la condition féminine ; Heinui Le Caill, enseignant centre de recherche et de documentation pédagogique ; Dominique Morvan, éditrice ; Tumata Leu, association des étudiants Te Ui Mata. 2. Ateliers d’écriture Des ateliers d’écriture, des rencontres avec des auteurs, des témoignages rythmeront les deux journées de 8h30 à 17h. Atelier d’écriture de scénario Intervenante Claire Schwob, scénariste Quatre groupes de travail composés d’étudiants, de lycéens, de personnes issues du monde associatif et quartier sensible, œuvreront à l’écriture de scénarios sur le thème « scène de vie polynésienne ». La meilleure composition sera récompensée par la réalisation d’un court métrage qui ferait l’objet d’une diffusion sur les chaînes locales. Atelier d’écriture de portraits – Mardi 14 sept – 14h – 15h Intervenantes Dominique Morvan, éditrice, Hinarai Rouleau, photographe Le jeu du portrait est bien connu. A partir d’une prise de vue, il s’agira de préparer un portrait étape par étape qui permettra de parvenir à des profils détaillés et bien construits. Atelier d’écriture métiers du journalisme – Mardi 14 et mercredi 15 sept. Intervenantes : Titaua Doom, RFO Radio ; Stéphanie Delorme, Agence Tahiti Presse ; journaliste presse et TV. Comment l’écriture se traduit dans un cadre professionnel, celui du journalisme, presse, radio, télévision. Quelque soit le type de supports, il existe une méthodologie et des contraintes, des notions qui ne sont parfois pas perçues par le public. Quelles sont-elles ? Comment prépare t-on un article ? Un reportage ? Atelier de lecture jeunesse - Mardi 14 et mercredi 15 sept. de 8h30 à 17h Intervenantes : centre de recherche et de documentation pédagogique Cet atelier très complet proposera des démonstrations et des initiations à l’usage de l’informatique, des lectures de livres numérisés suivis d’échanges. Un pôle visionnement présentera les reportages Top Classe et un stand de promotion-vente d’ouvrages sera animé par des dédicaces d’auteurs et d’illustratrices du centre. Réservé aux scolaires mardi et mercredi matin, public mercredi après-midi Rencontres avec des auteurs et dédicaces – Mercredi 15 sept. Cette journée accueillera de nombreux auteurs, liste non exhaustive : • Cécile Flippo : 10h12h • Rai Chaze : 11h-12h30/13h • Corinne Raybaud : 14h-15h30/16h • Hinarai Rouleau : 14h30-16h/16h30 • Maeva Shelton : 15h-16h30/17h • Ariirau : 15h30/17h30 3. Animations Enfin, de nombreuses actions et animations agrémenteront l’événement sous le hall de l’assemblée : • Une diffusion de six modules audiovisuels présentant des interviews de femmes pendant les deux journées dans le hall de l’assemblée, en relais sur www.tahiti.tv ainsi que sur TNTV, • Des actions de lutte contre l’illettrisme et atelier d’écriture grâce à la présence du GSMA, de la Ligue de l’enseignement (FOL), et de l’association Mehai No te Pia Paraa, • Des stands de présentation et vente de livres animés par les libraires (Klima, Book Store,…), des éditeurs (Au vent des îles, Haere Po), l’association de étudiants Te Ui Mata,… • Des contes de femmes présentés dans les jardins de l’assemblée, Léonore Caneri, • Un atelier de recueil de textes sur le thème de la paix animé par le club Soroptimist et soutenu par les œuvres et la participation de Miriama Geoffroy, artiste peintre, • Des jeux, animations et coins lecture de la maison de la culture, du CRDP, de l’association Polynélivre, Vaihere Cadousteau, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
Je m’appelle Vaihere Poe Cadousteau, je suis enseignante au collège de Tipaerui, j’enseigne le français et je suis également auteure pour le groupe de danse Tamarii Tipaerui à l’occasion des Heiva depuis l’année 2004 jusqu’à l’année 2010.
J’ai eu beaucoup de difficultés à écrire en langue tahitienne puisque ce n’est pas ma langue maternelle, mes parents ne la parlaient pas forcément couramment, des expressions ressortaient mais c’étaient vraiment des expressions passe partout et basiques ; donc j’ai appris le tahitien à l’école et spécialement au lycée. Cela a été un défi pour moi de devoir écrire en tahitien car nous sommes amenés à écrire pour un Heiva et donc la langue tahitienne est dominante pour ce type d’écrits. Il est vrai que pour des textes de Heiva il faut avant tout faire passer une histoire et surtout faire passer des émotions, on touche un peu à l’affect du public et on essaye d’appeler un peu la fonction impressible de l’écriture donc il faut faire passer des émotions à travers des mots, à travers un spectacle. Dans le cadre de l’écriture de textes de spectacle, il y a tout de même un schéma à respecter. Il faut rester fidèle par exemple à la légende qu’il nous a été demandé de développer et respecter aussi une certaine cohérence au niveau des placements des divers tableaux, que ce soit les Otea, les Aparima, etc. Maintenant au niveau de l’écriture à proprement parler il n’y a pas de règles. On peut très bien jouer sur les figures de style, sur la sonorité des mots, surtout en tahitien avec les patau tau, les chansons un peu scandées, donc là c’est l’occasion de mettre à profit nos savoirs poétiques et de jouer avec les syllabes, les voyelles, donc jouer un peu avec les sonorités. On est libres à ce niveau là. J’avoue qu’en langue tahitienne, enfin, dans ma façon d’écrire en tout cas, je m’inspire un peu des figures de style que l’on emploie plus couramment dans la langue française comme les métaphores, la personnification, et c’est vrai que les types d’écrits que je propose sont assez différents de ceux que proposent des auteurs plus polynésiens de par leur naissance, de part leur connaissance de la langue. Chaque écrivain a un mode, a eu un vécu, a eu des expériences et c’est à travers ce canevas-là qu’il va s’exprimer, il ne sera pas forcément compris d’un écrivain d’une autre culture, en tous cas le lecteur ne percevra pas tous les sous-entendus, les implicites d’un écrit provenant d’un écrivain d’une autre nationalité. J’encouragerais les femmes polynésiennes à prendre ce chemin, malgré les aléas, malgré les pensées négatives qu’elles peuvent avoir par rapport à elles-mêmes. Je les encouragerais à se dépasser, à mettre par écrit toutes leurs réflexions, et petit à petit, peut-être que le texte ne sera pas littéraire à la base mais qu’il révèlera des émotions personnelles, un vécu. Après j’encourage à ce que ce texte soit partagé, qu’il puisse être lu, et de toutes façons, derrière un texte il y a forcément un message… Donc osez ! Osez écrire, vous découvrirez une forme d’expression tout à fait originale. Voir la vidéo sur Tahiti.tv http://www.tahiti.tv/permalink/1356/2387/17084/vaihere-cadousteau-femmes-et-ecritures-a-lassemblee-de-la-polynesie-francaise-tahiti.aspx En savoir plus : http://www.assemblee.pf Heidi Yieng Kow, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
J'ai fait des études, en fait j'ai fait un concours surtout pour avoir un travail, j'ai postulé et j'ai eu la chance d'être prise. J'ai fait trois ans de formation à Bordeaux après la License en anglais et après je suis revenue et depuis je travaille.
En fait on a tendance à oublier quand on a une caméra que l'on a besoin de l'écriture aussi, on parle souvent des images, du son, de l'importance de tout ça, mais c'est vrai que quand on part sur un reportage, il faut déjà avoir les premiers éléments, les écrits… Les contacts on les prend à l'écrit, sur place on prend des notes, ensuite on commence déjà à constituer le reportage à l'écrit, mais bien sûr dans sa tête. On a de toutes façons une base de l'écriture, de la presse, et ensuite on fait son sujet, sur place on prend des notes, on prend telle question, on continue à le peaufiner, et tout au long du montage, tout au long du mixage, on continue encore à écrire, à ré écrire, et souvent, même quand il passe, on n'est pas satisfait, on a toujours une phrase que l'on aimerait revenir peaufiner encore… Mais c'est beaucoup de travail d'écriture, ce dont peu de personnes, surtout en télé, se rendent compte. Il y a des règles de base, comme tout ! Par exemple si l'on veut faire une maison en architecture, il faut évidemment poser les fondations, ensuite les poteaux peut-être, le toit, c'est la même chose pour l'écriture journalistique, il y a des bases à respecter, des bases que l'on apprend à l'école et ensuite chacun trouve son style, trouve sa manière de travailler sur le terrain, pour gagner du temps, et en même temps avoir un maximum d'éléments, pouvoir les retransmettre au public qui va les entendre, pouvoir digérer tout ça. Après, c'est chacun son style, c'est à chacun de trouver son écriture justement et d'avoir une facilité pour être compris… parce que c'est cela notre travail : notre travail c'est dire ce qui s'est passé, le retranscrire pour qu'une majorité de personnes puisse le comprendre. L'écriture c'est quand même quelque chose de très personnel, c'est… tout en restant le plus objectif possible dans la presse, c'est quand même apporter mon point de vue sur quelque chose en essayant de critiquer le moins possible. Mais c'est quand même moi qui l'ingère, qui le digère et qui vous le sert, donc quelque part, c'est moi qui vais le transformer… donc évidemment mon vécu va apporter quelque chose, c'est sûr ! Que je sois un homme ou une femme, cela va apporter une différence. Femme ou homme, honnêtement, j'espère que les Polynésiens vont plus se lancer dans l'écriture. Plus pourquoi ? Parce que c'est bien de parler maohi, toutes les langues maohi qui existent, c'est bien de les utiliser mais à quoi ça sert si on n'est pas compris ? A rien, c'est comme un évènement qui se passe sans que les médias en parlent. Cela ne s'est pas passé, on n'en a aucune trace. Aujourd'hui il faut que les jeunes se ré approprient leur langue, puis l'écrivent, puis se la ré approprient pour pouvoir la partager et en être fier ! Mais sans passer par l'écriture je pense qu'il n'y a pas de pérennité, dans rien. Donc homme, femme, Polynésiens ou d'autres petites ethnies comme nous, des minorités, il faut passer par l'écriture aujourd'hui. En savoir plus : assemblee.pf Voir le film sur Tahiti.tv Titaua Peu, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
Titaua Peu, 34 ans, auteur de « Mutisme » sorti en 2003. Ce qui m'a poussé à écrire c'est une espèce de sentiment de colère. Je revenais de mes études à Paris, j'arrive à Tahiti et mon pays n'était plus le même. C'est ce sentiment que j'ai voulu décrire, raconter non pas par nostalgie, mais pour faire comprendre à mon pays que l'on devenait n'importe quoi. C'était surtout pour trouver une parole tahitienne parce qu'à l'époque et encore aujourd'hui paradoxalement, le tahitien ne s'exprime toujours pas sur ce qu'il ressent réellement, sur ce qu'il est.
On n'écrit jamais gratuitement, on écrit pour les autres, mais aussi et surtout quelque part pour soi même… Maintenant dire que j'ai transmis quelque chose… Je crois que oui, en tout cas pour beaucoup de lecteurs un bon moment tout d'abord à lire, et je pense également que j'ai transmis cette quête d'authenticité dans la réflexion et la prise de conscience. Pour moi la force de l'écriture c'est justement cette puissance à soit donner de l'amour, soit même blesser ou tuer. Mon écriture a été qualifiée de violente, de dure, mais c'était juste pour dire mon amour pour ce pays. Cette écriture engagée nous permet à quelques-uns d'être différents parce qu'il y a- il faut se le dire- la pensée dominante qui nous fait beaucoup de mal dans la culture tahitienne, la culture dans ce pays. Il y a un politiquement correct que l'écrivain se doit de casser. Je pense que nous, les femmes, nous sommes peut-être moins pudiques. Paradoxalement, l'écriture c'est se mettre à nu, or nos hommes sont un peu plus pudiques. Je ne sais pas s'il y a une écriture polynésienne mais en tout cas une littérature polynésienne, oui, parce que les auteurs polynésiens existent et ça fait peut-être plus de trente ans maintenant que l'on a une voix, que l'on essaye de la maintenir et de la faire voyager mais ça, c'est un peu plus dur ! J'ai un peu peur parce qu'aujourd'hui on n'a plus le média du livre, du support papier. On croit qu'on apprend sur Internet, sur les blogs, il me semble, mais plus on voit de choses… C'est paradoxal, on lit des choses sans apprendre et je pense que le plus grand danger, ce n'est pas tellement la perte de l'écriture mais la perte de la réflexion et du sens. J'aimerais que les Polynésiennes aient les moyens d'apprendre, de lire pour que de fil en aiguille elles puissent aussi s'exprimer non pas seulement sur leur vie personnelle mais sur ce qui les entoure… C'est un acte libérateur et quelque peu politique qu'elles devraient s'approprier. Elles sont aussi l'avenir de ce pays, elles sont incontournables et la voix féminine tahitienne a cette qualité et cette douceur aussi parfois qu'il nous manque dans cette société d'aujourd'hui. En savoir plus : assemblee.pf Voir le film sur Tahiti.tv Miriama Geoffroy, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
En fait actuellement je suis artiste peintre, mais c'est une vocation qui s'est révélée à moi il n'y a pas très longtemps, il n'y a que six ans. Avant j'étais architecte ; donc j'ai fait des études d'architecture à Paris, j'ai exercé pendant deux ans, je suis passée un peu par la communication, j'ai touché un peu à beaucoup de choses qui tournaient autour de l'expression mais sans réellement réaliser ma vocation et en fait c'est quand j'ai eu mes enfants que d'abord j'ai dû m'arrêter un peu de courir partout et de faire de la communication et qu'en fait j'ai réalisé que l'expression artistique et la peinture étaient vraiment d'abord ce que j'avais envie de faire et ensuite ce que j'avais besoin de faire. Je n'ai donc pas réellement de formation artistique dans le sens où je n'ai pas fait les Beaux Arts mais c'est quelque chose qui m'a toujours intéressé, qui a toujours été en moi. Je pense que depuis que je suis enfant en fait, d'aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours peins, j'ai toujours dessiné, et même dans les métiers que j'ai choisis, architecture ou communication, il y a toujours eu une forme d'expression. Mais c'est vraiment en ayant mes enfants, en devenant mère, que s'est posé la question de la transmission, de ce que l'on a envie de donner à son prochain.
L'écriture, c'est d'abord une ouverture sur le monde… J'ai toujours peins, mais j'ai toujours aussi beaucoup lu et l'écriture avait d'abord une influence je dirais indirecte sur ma peinture parce que c'est à travers l'écriture je pense que j'ai mieux pris possession de ma culture polynésienne. Et puis, l'écriture est comme la musique, elle est très présente dans ma vie de tous les jours et en fait petit à petit j'ai de plus en plus essayé de retravailler dessus et dernièrement j'ai passé un gros pas car je travaille vraiment sur la graphie, c'est-à-dire que j'ai demandé à des gens qui me sont proches d'écrire soit des textes spécifiquement pour moi, soit des textes qu'ils aimaient. Moi, j'ai fait pareil, j'ai aussi demandé à mes enfants d'écrire et j'intègre vraiment l'écriture mais pas en tant que sens, plutôt en tant que graphie, dans ma peinture. Je pense que l'on ne peut pas empêcher un artiste ni de peindre ni d'écrire… de s'exprimer en général, je sais que peindre c'est un besoin, pour moi c'est vital. Par contre on peut empêcher la transmission du message, c'est-à-dire que pour moi il n'est pas possible de m'arrêter de peindre par contre je peux demain ne plus avoir de gens qui voudront m'exposer, ou regarder ce que je peins. C'est pareil pour un écrivain, on le voit partout. L'écrivain écrit, après est-ce que son message va être publié, est-ce qu'il va être retransmis, est-ce qu'il va être interdit ? C'est un autre débat mais je pense que fondamentalement l'artiste a besoin de s'exprimer et rien ne peut l'empêcher de la faire. Après est-ce que son message est transmis et est-ce qu'il est compris, ça, c'est une autre question. J'ai l'impression qu'en Polynésie la plupart des femmes que je rencontre qui sont artistes, qu'elles soient écrivains ou peintres ou qu'elles fassent de la sculpture, elles ont vraiment un petit peu le même parcours que moi c'est-à-dire que leur expression artistique s'est révélée à travers un besoin, c'est-à-dire que l'on a pas de formation vraiment spécifique ici pour peindre ou pour écrire, c'est vraiment comme, je sais pas, quelque chose qui bouillonne pour différentes raisons, ça peut être la revendication, ça peut être le plaisir, ça peut être la vocation et je pense qu'on a vraiment besoin de passer le pas, de faire sa première expérience parce que je sais que le premier pas c'est ce qu'il y a de plus difficile, après on se rend compte que l'on en a besoin, que l'on ne peut pas s'en empêcher. Donc je pense que pour toutes les femmes qui ont envie de s'exprimer, il ne faut vraiment pas avoir peur de le faire, même si on pense que l'on ne sait pas, que l'on n'a pas de formation, ce n'est pas grave, ce qui est important c'est ce que l'on a envie de dire et comment on le fait et après il y a une espèce de solidarité en Polynésie qui fait que quand on a un message intéressant, je pense qu'il est retransmis quand même. En savoir plus : assemblee.pf Voir la vidéo sur Tahiti.tv Mareva Talmant, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
Je m'appelle Mareva Talmant, je suis en troisième année de License de lettres à l'université et j'écris vraiment par plaisir, j'écris quand j'en ai envie en fait. Je ne me borne pas à écrire parce qu'il faut écrire… C'est vraiment naturel, j'ai un calepin sur moi et j'écris quand j'en ai besoin. C'est un besoin et un plaisir d'écrire. Forcément quand on écrit, pour moi écrire, c'est une façon de s'exprimer et quand on ne peut pas s'exprimer oralement, que c'est assez difficile – moi je suis quelqu'un de très timide et j'ai du mal à aller vers les autres, c'est personnel… Donc je me sers beaucoup de l'écriture pour pouvoir m'exprimer et je trouve que c'est comme une sorte d'arme ; c'est un moyen en tout cas d'exprimer sa façon de penser ou c'est une forme de liberté c'est sûr.
Je trouve que l'on ne peut pas parler d'une absence de règles dans l'écriture étant donné que forcément on respecte ne serait-ce que la règle de la grammaire, l'orthographe et tout ça, cela fait partie des règles. Après dans la poésie par exemple, moi j'aime faire des vers, on n'est pas obligé d'en faire dans la poésie mais je trouve ça beaucoup plus intéressant et plus agréable à lire. Justement c'est mieux quand il y a des règles… Après, la liberté, c'est nous qui l'écrivons, elle va se créer ! A l'Université, on a deux associations, l'association du journal du Te Ui mata dans lequel je suis rédactrice pour écrire des articles sur la vie de l'étudiant et également sur la littérature, c'est assez libre, on peut faire des articles sur ce que l'on veut. On a une rédactrice en chef, Tumata, on a un infographiste, Jim, et des rédacteurs. Moi je fais partie des rédacteurs. Comment ça se passe ? Comme un vrai journal c'est-à-dire qu'on a une grande réunion pour voir tous les articles que l'on veut faire, voir de quoi on veut parler etc. Ensuite chacun a son travail et chacun travaille dans son coin, ensuite on fait des réunions, on voit ce que tout le monde a fait puis on prépare la prochaine réunion Pour moi c'est un petit peu comme un besoin aussi, parce que c'est vrai que quand j'écris, forcément je ne montre pas toujours ce que j'écris mais c'est vrai que cela fait du bien aussi de montrer ce que l'on écrit, ça soulage beaucoup d'écrire. Que ce soit un article journalistique ou un poème ou une histoire parce qu'il y a quelque chose dans la vie qui nous inspire cette histoire donc on écrit… C'est un petit peu pour en rire aussi, pour rire un peu de la réalité parce que des fois c'est un petit peu absurde, un peu trop sérieux et c'est vrai que ça fait du bien d'écrire et de changer un peu les choses. Je ne pense pas que l'écriture soit vouée à l'extinction par rapport aux nouvelles technologies puisque même par rapport à internet et tout ça, on écrit toujours. On peut toujours écrire sur un blog. Personnellement je ne suis pas vraiment sur Internet, je reste on va dire au format traditionnel ; j'aime bien écrire un petit peu comme ça tout le temps avec un stylo, un calepin, ça reste assez simple. Je ne pense que Internet et les nouvelles technologies vont freiner quoi que ce soit… au contraire peut-être ! En savoir plus : assemblee.pf Voir le film sur Tahiti.tv Ariirau, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
Ariirau, femmes et écritures à l'assemblée de la Polynésie française (Tahiti)
Je m'appelle Ariirau, je suis connue sous le nom de Ariirau en tant qu'écrivain, je suis née à Pirae, j'ai fait des études de lettres, niveau doctoral à New-York, puis j'ai écrit mon premier roman en mai 2005 qui est sorti en septembre 2005 chez L'Harmatan. Mon deuxième roman « Mata mimi » qui est plus connu ici est sorti en mars 2006 « Aux vents des Iles ». J'ai grandi dans un milieu propice à l'écriture ; ma grand-mère était institutrice à Rapa, elle s'appelait Léa Poroi, et donc déjà quand j'étais petite, on recevait tous les livres, « Le lagon bleu », des livres pédagogiques avec des légendes, des histoires, et j'ai toujours été trempée dans l'écriture. L'écriture a aussi été un moyen de rester en contact avec mon pays, par des lettres à ma grand-mère quand on est allé vivre en France… Je ne peux pas vivre sans écriture, j'ai toujours été dedans. Il y a eu un évènement déclencheur d'écriture, c'était le Taui en 2005, j'étais étudiante à cette époque à New-York et il y avait beaucoup de choses qui se passaient dans mon pays, j'étais loin… et c'est venu naturellement. En fait mon premier roman, j'ai commencé à l'écrire en pleine nuit, j'avais une phrase dans la tête, je me suis levée, j'ai commencé à écrire et je ne me suis pas arrêté pendant trois mois. J'ai écrit ça un peu rapidement et c'est une écriture de l'exil aussi. Je ne sais pas si j'ai une écriture polynésienne, je ne pense pas. Pour moi l'écriture c'est surtout universel. Tout ce qu'abordent les écrivains sont des thèmes universels, cela touche à l'humain et l'écriture pour moi n'a pas de frontière. Je suis née en Polynésie, mon papa est français, j'ai passé une grande partie de ma vie aux Etats-Unis, j'ai beaucoup voyagé, donc pour moi le domaine de l'écriture, c'est un pays à part entière mais sans frontière. Si demain on m'empêchait d'écrire je pense que je serai la plus malheureuse des personnes ! je ne peux pas vivre sans écrire, j'ai toujours mon petit carnet avec moi, j'ai besoin d'écrire, c'est vital comme pour certains manger et boire, pour moi l'écriture c'est très essentiel à la vie, à l'équilibre psychologique. Je n'ai pas de message parce que pour être porteur de message, il faut être quelqu'un d'exceptionnel à mon avis mais par contre j'ai une devise à transmettre, c'est qu'il ne faut jamais écrire ce que l'on ne peut pas dire en face, ce que l'on ne peut pas dire. C'est très important de ne pas utiliser l'écriture avec de mauvais sentiments parce que ça peut toujours se retourner contre soi. Il faut utiliser l'écriture pour toucher les autres et pour aussi dire que l'on a sa place dans son pays, qu'on existe et pour aussi transmettre de belles choses. C'est vrai que les mots servent à panser les plaies mais l'écriture aussi, elle reste toujours derrière nous. Donc il faut transmettre quelque chose qui nous tient à cœur, quelque chose de beau pour les générations futures. En savoir plus : assemblee.pf Voir le film sur Tahiti.tv
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Rédigé le Lundi 6 Septembre 2010
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